Jeudi 14 août 4 14 /08 /Août 06:53

Jeudi 16 Mars 2034

 

On a séché les cours et Monelle son boulot. On a attendu toute la matinée. Il n’est pas venu. Sans aucune explication. Rien. Zanella est furieuse. Elle prétend que c’est de notre faute, qu’on tirait une telle tronche l’autre soir qu’il s’est dit que c’était pas la peine d’insister, qu’il a cherché – et trouvé – mieux ailleurs…

 

De plus en plus de femmes sautent le pas. C’est indéniable. En espérant mettre au monde un garçon puisqu’ils font si cruellement défaut ?… Eh bien non… Non… C’est très exactement le contraire. Parce que, si elles attendent une fille, on va la leur laisser à la naissance et elles l’élèveront aussi normalement que possible dans le contexte actuel. Mais si c’est un garçon on va les faire accoucher en milieu clos et le leur subtiliser aussitôt pour le mettre à l’abri  du virus. C’est une perspective désespérante pour les futures mères qui, dans leur grande majorité, affirment que, si elles sont enceintes d’un garçon, elles auront recours à l’interruption volontaire de grossesse. Comment, dans ces conditions, rétablir à terme l’équilibre entre les sexes ?… C’est impossible. On explore toutes sortes de voies qui ne sont pas plus satisfaisantes les unes que les autres. Les députées du parti LUD ont purement et simplement proposé d’interdire l’avortement, ce qui a provoqué une levée de boucliers. Pas question de revenir sur le droit de la femme à disposer de son corps. Et puis l’interdire ce serait de toute façon dissuader les femmes de courir le risque d’une grossesse loterie. D’autres, dans la majorité, souhaiteraient de substantielles incitations financières pour celles qui décideraient de mener à terme un enfant mâle. Mais tous les sondages montrent que l’impact d’une telle mesure serait pratiquement nul. La solution la plus réaliste consisterait sans doute à aménager des centres où pourraient vivre ensemble, jusqu’à ce que ce fichu virus ait été enfin éradiqué, les mères et leurs garçons… Mais seraient-elles prêtes à vivre en recluses pendant des années ? Et la société serait-elle en état de faire face au coût exorbitant d’une telle mesure ? Tout semble indiquer que non… On tourne désespérément en rond…

 

 

 

 

Dimanche 19 Mars 2034

 

On avait laissé l’ordi branché sur JPZ à tout hasard… Et… - Hou, hou, les filles ?… Vous êtes là ?… On s’est précipitées, folles de joie… - Ben alors ?!… Tu nous as fait faux bond l’autre jour… - Désolé… Mais il y eu contrordre… Tout un tas de toubibs – des spécialistes – qui  nous sont tombés dessus… Qui nous ont emmenés faire des tests… On m’a passé en revue sous toutes les coutures… Et je suis bon pour le service… Plus que jamais… On me demande beaucoup… J’ai besoin de vous… J’y arriverai jamais sinon… Et on pouvait faire quoi, nous ?… - Cette question !… On n’avait pas une petite idée ?… - Une idée ?… Non… Quoi ?… - Bon, ben tant pis !… Au revoir… Non !… Non !… Qu’il parte pas… Non !… - Mais alors vous avez une petite idée… On avait, oui… Et Zanella a soulevé son tee shirt… Dessous ses seins étaient nus… - Vous aussi !… Oh, s’il vous plaît… Vous aussi !… Nous aussi, Monelle et moi… Ses yeux ont couru de l’une à l’autre… Sa main est descendue… Son bras a bougé… Il ne nous a pas quittées des yeux… Plus vite… Il a renversé la tête en arrière… C’était fini… - Ben dis donc, pour quelqu’un à qui on demande trop, qui a du mal à y arriver… - Vous êtes trop adorables… Il y a trop longtemps que je pense à vous… Trop souvent…

 

Je me suis endormie toute enveloppée de son désir de moi.

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Dimanche 10 août 7 10 /08 /Août 22:37

Mercredi 8 Mars 2035

 

Zanella nous a appelées… - Venez voir, les filles, venez voir !… Elle s’était pas connectée qu’avec Alex l’autre jour Iliona… Elle en avait aussi allumé un autre… Qu’arrête pas de réclamer… On lui répond ?… On se fait passer pour elle ?… - C’est vache… - Elle le saura pas… Allez, on le clique… Ses doigts ont couru sur le clavier… - Salut, toi !… - Ah, quand même !… Ben c’est pas trop tôt… Qu’est-ce tu faisais ?… - A ton avis ?… - Tu tirais un coup avec un mec ?… - Ah, très drôle… - Tu branches ta cam que je voie un peu ta jolie frimousse ?… - Pas ce soir… Non… J’ai une tête à faire peur… - T’as bien d’autres atouts… Tu me les montres ?… - Non… - Mais pourquoi ?… Tu me les as bien montrés l’autre jour…  - L’autre jour c’était l’autre jour… J’ai pas envie… Je vais me coucher de toute façon… Je suis crevée… - Dis-lui maintenant !… Dis-lui !… Qu’on n’ait pas d’embrouilles avec Iliona… - Oui… En fait tu sais quoi ?… Eh bien c’est pas du tout avec Iliona que tu es en ligne là… - Ah oui ?… C’est avec qui alors ?… - Des copines à elle… - Oh, les petites garces… Faites voir à quoi vous ressemblez pour la peine… Mais c’est qu’elles sont trois… Et mignonnes comme tout en plus… Et on a discuté… A trois heures du matin on y était encore…

 

Je me suis tournée et retournée dans mon lit sans parvenir à trouver le sommeil… Parler avec un homme… Le voir… Le regarder dans les yeux… Il y avait combien de temps que ça ne m’était pas arrivé ?…

 

 

 

 

Samedi 11 Mars 2034

 

Xadine s’est fait inséminer. Sa sœur aussi. Ainsi qu’un certain nombre des femmes avec lesquelles elles vivent là-bas. J’ai passé la journée avec elles. Tout y respire le calme et la sérénité. La joie de vivre. Elles sont heureuses. Epanouies. Elles se sont parfaitement adaptées à la nouvelle situation telle qu’elle est. Et s’adapteraient – on le sent bien – à n’importe quelle autre. Ce n’est pas qu’elles se soient mises hors d’atteinte, réfugiées ailleurs. Non. Elles sont là. Elles sont présentes. Elles prennent tout simplement les choses comme elles viennent. Sans vouloir qu’elles soient différentes. Sans nourrir non plus d’inutiles regrets. Ni cultiver de vaines espérances. J’en suis pour ma part parfaitement incapable. Je voudrais tant que tout soit comme avant. Exactement comme avant. Que rien de tout cela n’ait jamais eu lieu…

 

 

 

 

Mardi 14 Mars 2034

 

Des gamines. Des vraies gamines. Il aurait fallu nous voir, tout excitées, battant des mains, riant comme de petites folles. Et tout ça pourquoi ? Parce que Christopher, le type de l’autre soir, était en ligne et qu’il voulait dialoguer avec nous… - Et on déconne pas, les filles, hein !… On déconne pas… Pour une fois qu’on réussit à en accrocher un on se débrouille pour le garder… Il était content de nous retrouver là… Et nous donc !… Et… on savait pas quoi ?… Non… Quoi ?… On lui avait fait passer tout un tas de tests et d’examens et il avait été sélectionné pour faire le donneur… Vendredi il avait commencé… Mais c’était pas facile, sur commande, comme ça… Heureusement qu’il nous avait, nous !… Tout le temps, à chaque fois, il pensait à nous pour arriver au bout… - Ah !… Qu’est-ce qu’on pouvait répondre à ça ?… Zanella a demandé… - Et pas à Iliona ?… - Oh, Iliona !… Elle est gentille, Iliona… Mais elle est beaucoup trop sophistiquée pour moi… Ca me réfrigère… Vous au moins vous êtes naturelles… Jolies et naturelles… - Merci… Et… et… si on avait voulu, ce qui aurait été sympa, c’est que la prochaine fois on soit là, en ligne, avec lui… Ils avaient le droit… - La prochaine fois que quoi ?… - Faites bien les innocentes… Zanella qui a demandé… - Et c’est quand la prochaine fois ?… - Jeudi… Jeudi matin… - On sera là…

 

- T’es trop, toi, quand même dans ton genre… T’aurais pu nous demander notre avis… - Faudrait savoir ce que vous voulez… Vous arrêtez pas de pleurnicher qu’il y a plus de mecs nulle part… Que c’est le désert… Et pour une fois qu’il y en a un qui s’intéresse à nous, qui nous trouve à son goût, vous faites la fine bouche… Vous vouliez que je lui dise quoi ?… Qu’il aille se faire foutre ?… Il se le serait pas fait dire deux fois… Il y en a des milliers des filles qui voudraient être à notre place… Il a que l’embarras du choix… Qu’est-ce qui vous dérange ?… Qu’il s’excite en nous regardant ?… Et alors !… Je vous ai connues moins prudes… Eh ben moi, qu’il s’excite en pensant à moi, qu’il s’excite en me regardant ça m’excite… Et je vais pas sûrement pas laisser passer l’occasion… - Tout de suite tu montes sur tes grands chevaux… On t’a jamais dit qu’on n’était pas d’accord… Seulement que tu aurais pu au moins nous demander notre avis… 
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Jeudi 7 août 4 07 /08 /Août 07:03

Jeudi 2 Mars 2034

 

Ce n’est évidemment pas du tout comme ça que, dans mes rêves d’ado, j’envisageais la maternité. J’aimerais un homme, il m’aimerait et nos enfants on les élèverait ensemble. On les regarderait amoureusement grandir ensemble... Monelle a soupiré… - Oui, ben ça, ma pauvre chérie, maintenant c’est plus d’actualité… Ca le sera plus jamais… Ca l’a jamais été d’ailleurs… Parce que… t’as déjà vécu avec un type ?… - Kerwan… - C’était chez ton père Kerwan… C’est pas pareil… Non… Vraiment… Au quotidien… Dans un appart à vous… Deux fois, moi je l’ai fait… Et les deux fois… Un type, pour lui, il y a que les copains qui comptent… Il vit que par ça… Le soir il est avec eux… Le samedi il est avec eux… Le dimanche il est avec eux… Et t’as pas intérêt à dire quoi que ce soit… C’est sacré les copains… A choisir entre toi et eux il va pas hésiter une seule seconde… Alors tu la fermes… Pour le garder… Pour pas être toute seule… Par habitude… Tu te dis qu’à la longue il finira bien par changer… Que le jour où vous aurez un gamin… Et tu te le fais faire le gamin… Moi, je l’ai pas fait… J’ai eu bon nez… Mais il y en a plein qui le font… Qui le faisaient… Et il y a rien qui change… C’est même encore pire… Ca le gave le môme… Ca braille… Ca pisse… Ca chie… Il rentre quasiment plus… Juste pour dormir… Te tirer vite fait… Quand il est en état… Qu’il a pas trop fait la fête avec les copains… Et pour bouffer… T’as deux gamins à la maison dont l’un beaucoup plus vorace que l’autre… Le jour où t’en as ta claque tu mets les pieds dans le plat… Il gueule… Tu es un monstre d’égoïsme… Tu attentes à sa liberté… Tu veux lui rogner les ailes… L’enfermer… L’infantiliser… Il se casse… Ou tu finis par le virer… Ce qui revient au même… Et tu te retrouves toute seule avec le môme sur les bras… Alors autant que ce soit comme ça tout de suite… Au moins les choses sont claires… Valentine a doucement hoché la tête… - Ca se passait quand même pas toujours comme ça… Mais tu as raison : maintenant il faut absolument croire que ça se passait toujours comme ça… Sinon…

 

En tout cas Monelle ne le fera pas… - Pas tout de suite en tout cas… J’ai que 25 ans… J’ai tout mon temps… Zanella non plus… -  Je finis d’abord mes études… C’est le plus important… Et toi ?… - Moi ?… Oh, moi !… Je vais attendre de voir comment ça va tourner tout ça… - Eh ben si tout le monde réagit comme nous ça va être un beau fiasco…

 

 

 

 

Dimanche 5 Mars 2034

 

Il paraît que c’est la ruée. Qu’on afflue dans les dispensaires habilités à procéder aux fécondations. Que la tranche d’âge des 35-40 ans est tout particulièrement motivée. Ces informations nous laissent pourtant sceptiques : dans notre entourage immédiat celles qui semblent décidées à sauter le pas se comptent sur les doigts d’une main. A trois ou quatre reprises nous sommes passées, Monelle et moi, à proximité du Bernard Kouchner. On n’y voit quasiment personne. Et puis l’insistance avec laquelle on s’efforce, à longueur de journée, de nous convaincre ( j’allais dire de nous culpabiliser ) ne se justifierait pas si tout se passait réellement comme on le prétend. On est soumises à un véritable bourrage de crâne. Des spécialistes se succèdent sans discontinuer à l’antenne pour nous dresser un tableau apocalyptique de ce qui nous attend, dans les toutes prochaines années, si une large majorité d’entre nous ne prend pas conscience de ses responsabilités. D’autres nous serinent, savants raisonnements à l’appui, qu’il faut aller de l’avant, évoluer, que nous ne devons pas rester engluées dans des schémas de pensée archaïques devenus suicidaires. D’autres encore s’emploient à démontrer que le couple n’était qu’une construction intellectuelle artificielle qui n’avait pas le moindre fondement ni rationnel ni naturel ni biologique. Monelle constate : - Tu les entends ?… C’est ce que j’ai toujours dit… Ca devient la vérité officielle…
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Lundi 4 août 1 04 /08 /Août 07:53

Dimanche 26 Février 2034

 

Le boulevard Charles De Gaulle n’a jamais été aussi fréquenté. Hier samedi c’était du coude à coude. Ca montait. Ca descendait. Ca s’arrêtait. Ca repartait. Devant les vitrines situées juste sous les caméras des filles étaient agglutinées par dizaines. Elles parlaient fort, elles riaient haut. On s’est laissé entraîner, Monelle et moi, porter par le mouvement, déposer, étourdies, dans une petite ruelle qui nous a menées jusque sur les quais. On a erré au hasard jusqu’à la tombée de la nuit. Il faisait incroyablement doux. Le petit square où je retrouvais Kerwan à nos débuts était désert. On s’y est assises… - Ils peuvent nous regarder s’ils veulent… Il y en a une juste en face là… Et c’est tout en infra-rouge… - Tu crois qu’ils le font ?… - Sur les ordinateurs collectifs, non… Ils se calent que là où il y a plein de monde… Mais les individuels comment tu veux savoir ?… Il y en a sûrement qu’arrêtent pas de zapper… Et à un moment ou à un autre ils vont forcément tomber sur nous… - C’est pas dit qu’ils restent… Parce que pour voir deux filles vautrées sur un banc… - On passe bien des heures à les regarder rien faire, nous !… On n’a pas bougé… On n’a plus rien dit… Un quart d’heure… Une demi heure… - Doit y en avoir maintenant depuis le temps !… Comment ça m’excite de me dire que oui, sûrement, il y en a !… - Et moi donc !… - On se le fait ?… - Ici ?… - On n’est pas obligées de montrer… Juste laisser deviner… Elle a glissé sa main sous sa veste, est entrée dans son pantalon… Son bras a remué contre le mien… - On regarde… Je suis sûre qu’on regarde… Elle a ouvert les genoux, renversé la tête en arrière, râclé des pieds dans les graviers, s’est doucement plainte… Moi aussi…

 

 

 

 

Mardi 28 Février

 

Sur les quelque 100.000 mâles survivants un peu plus des deux tiers sont en âge de se reproduire et un peu moins de la moitié vivaient en couple quand est survenue la catastrophe sanitaire. Ce sont les chiffres officiels. Qui ont le mérite – si on peut dire – de poser abruptement et clairement le problème. Le renouvellement des générations n’est plus assuré. Tant s’en faut. Et comme la situation est à peu près analogue à l’étranger c’est l’espèce humaine dans son ensemble qui, à court terme, si on laissait les choses en l’état, serait menacée d’extinction.

 

Il faut agir. Et vite. Nos gouvernantes y sont décidées. La seule solution – elles n’ont pas mâché leurs mots – c’est que chaque homme féconde au plus tôt plusieurs femmes, des femmes qui, par millions, seraient en outre condamnées à n’être jamais mères si on ne prenait pas les mesures qui s’imposent. Pratiquement tout devrait se faire sur la base du volontariat. On fait appel à notre sens civique et, de façon appuyée, à notre instinct maternel. Des incitations financières sont en outre prévues dont on escompte à l’évidence qu’elles feront tomber bien des hésitations.

 

On procédera par insémination artificielle. Les spécialistes considèrent que c’est la méthode la plus appropriée. Pour de multiples raisons. Mais surtout parce qu’elle permet de « choisir » les spermatozoïdes les plus actifs d’hommes préalablement sélectionnés en fonction de leur âge et de leur état de santé. Les psychologues abondent dans leur sens. Les psychologues vont toujours du côté où le vent porte…

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Jeudi 31 juillet 4 31 /07 /Juil 15:09

Lundi 20 Février 2034

 

Coup sur coup deux incidents majeurs qui donnent de sérieux arguments à celles de nos dirigeantes qui s’opposent farouchement à une extension du droit de visite.

 

A Nîmes d’abord, c’est un mari qui est parvenu à « s’enfuir » avec la complicité de sa femme. Ils ont profité d’un moment d’inattention du personnel qui contrôle les entrées et les sorties pour échanger leurs vêtements et leurs rôles. Il s’est fondu dans la nature et on n’a plus aucune nouvelle de lui depuis deux jours. Quand on aura – si on en a – il sera de toute façon trop tard.

 

Plus grave : à Rouen une désaxée, la sœur de l’un des pensionnaires, a réussi à introduire une boîte remplie d’insectes dans le centre – on n’a pas voulu révéler comment – où elle avait l’intention de les libérer discrètement. Heureusement l’étrangeté de son comportement a attiré l’attention et on a pu intervenir à temps.

 

Plus on laissera – c’est évident – entrer de gens dans les centres et plus on multipliera les risques. Plus la situation s’éternisera et plus on sera confronté à des comportements irrationnels et incontrôlables. Il faudrait qu’une solution soit rapidement trouvée et le virus définitivement éradiqué. Ce n’est pas pour demain. Les propos lénifiants des spécialistes ne parviennent que très difficilement à masquer leur désarroi et leur impuissance. Et puis… des travaux ont été entrepris, dans tous les centres, destinés à – disons ça comme ça – transformer le provisoire transitoire en provisoire durable… Alors…

 

 

 

 

 

Mercredi 22 Février 2034

 

Xadine a absolument tenu à m’emmener visiter « chez elle ». Les filles se sont récriées… - Méfie-toi !… Elle va chercher à t’embobiner avec son gourou slovène… - Oui, ben ça elle peut toujours courir… Elles vivent à une quinzaine, de tous les âges, dans une grande bâtisse ancienne nichée au creux d’un parc somptueux. Chacune a sa chambre qu’elle aménage comme elle l’entend. Elles prennent leurs repas en commun dans un petit réfectoire qui donne sur une cour ombragée et se réunissent chaque soir, après le repas, dans une salle attenante… - Pour prier ?… Elle a ri franchement… Oh, non, non !… On prie pas, non !… Pour étudier et réfléchir ensemble… - Sur les bouquins de votre gourou ?… - Sur l’œuvre de Milàn, oui, mais ce n’est pas un gourou… C’est un philosophe… Et chacune peut donner son opinion en toute liberté… Le critiquer tant et plus si le cœur lui en dit… Pourvu que ce soit fondé et argumenté… C’est comme ça que la réflexion avance… - Et on vous laisse sortir comme vous voulez ?… - Tu me vois pas à la fac peut-être ?… - Ben si, si, mais… - Chacune est libre d’aller et venir comme elle veut… Et si demain matin je décidais de partir définitivement personne n’essaierait de me retenir…

 

- Et avant de te laisser repartir elle t’a collé toute l’œuvre de son Milàn sur les bras… Histoire d’en discuter après… Non ?… - Non… Elle m’a présenté sa sœur… Une fille très sympa qui vit aussi là-bas… - C’est cousu de fil blanc tout ça… On commence par te mettre en confiance… On te sort le grand jeu et après on te cueille comme un fruit mûr… C’est bien rôdé leur truc… - Surtout qu’avec ce qu’on vit en ce moment tout le monde est fragilisé… C’est Valentine qui a eu le mot de la fin… - S’il y en a une ici qui a la tête plombée c’est bien Roxane…

 

 

 

 

Vendredi 24 Février 2034

 

Strasbourg a fait des émules. Ce sont des dizaines de centres qui proposent maintenant de suivre en direct la vie de leurs pensionnaires. Pour maintenir un lien, préserver le tissu social. Ce sont en tout cas les raisons invoquées. Ce n’est pas forcément si simple, mais on ne fait pas la fine bouche. On les visite. Tous. On y revient. Avec une préférence marquée pour Bordeaux. Parce qu’à Bordeaux on les a répartis par tranches d’âge dans les différentes unités et que celle des 25-35 ans nous attire tout particulièrement. Il s’y trouve trois ou quatre types particulièrement beaux qui ont la bonne idée de s’attarder, le soir, longuement au salon.

 

Dans le même esprit, pour que les hommes puissent malgré tout baigner dans un monde extérieur dont ils se plaignent d’être totalement retranchés, on a disposé, ce matin, des caméras tout au long des artères principales des grandes villes, sur de nombreuses places publiques, dans certaines grandes surfaces, des centres commerciaux, des restaurants, etc… Ils passent des heures à nous regarder simplement déambuler dans les rues, seules ou par petits groupes, comme nous passons des heures, nous, à les observer dans leur quotidien et, maintenant, à les regarder nous regarder sur l’écran géant de l’ordinateur collectif dont chaque centre a été récemment équipé. Quant à ceux qui préfèrent nous contempler en secret dans leur chambre nous ne pouvons évidemment pas – et malheureusement – les y accompagner.

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