Dimanche 19 octobre 7 19 /10 /Oct 19:27

Vendredi 16 Juin 2034

 

La fille était là. Elle attendait. A l’évidence elle m’attendait. J’ai éclaté de rire. D’un rire moqueur. Offensant… - Ca t’a pas suffi la baffe de l’autre fois ?… Elle ne m’a pas répondu. Elle m’a seulement regardée. Contemplée d’un amour éperdu tout le temps que j’ai passé devant la glace. Cette fois j’ai su que j’allais le faire. Je me suis approchée. Elle n’a pas cillé… - A genoux !… Mets-toi à genoux !… Elle a obéi. Lentement. Sans me quitter des yeux. Des yeux de bon chien-chien fidèle. Je l’ai giflée. De toutes mes forces. Chaque joue à tour de rôle. Huit fois. Dix fois. Douze fois. Je ne sais pas : j’ai pas compté. Sa tête ballottait de droite à gauche, de gauche à droite. Elle ne disait rien. Elle continuait à me regarder… Je l’ai plantée là… Quand j’ai claqué la porte elle était toujours à genoux…

 

C’est encore à Iliona que j’ai éprouvé le besoin de raconter tout ça en amphi juste après… Iliona qui m’a attentivement écoutée… Qui a raconté à son tour… - Quand j’étais petite j’arrêtais pas de me battre avec les autres filles… J’adorais ça… Je te rentrais dans de ces états !… Surtout que je m’en prenais toujours à des plus grandes ou à des plus costauds que moi… Je faisais le désespoir de ma mère… Ado, j’ai arrêté… C’est pas l’envie qui m’en manquait, non, mais  ça se faisait pas… C’était pas féminin… Ca correspondait pas à l’idée que je voulais donner de moi… J’ai bien mis encore deux ou trois peignées, mais en tête à tête. Sans témoins. Toujours pour des histoires de mecs. Mais les mecs maintenant, quand bien même on le voudrait, il y a plus de risque qu’on se batte pour eux… J’y pense pourtant des fois… Quand il y en a une que je peux pas voir – et il y en a plein que je peux pas voir – ou avec qui je me suis engueulée, après, le soir, quand je suis toute seule, j’imagine qu’on s’étripe… Pour un mec… Je te lui en colle une de ces sévères. Je la laisse carrément sur le carreau, oui. Et je pars, triomphante, au bras du mec… Ca me détend… Ca me fait un bien fou… On est conne des fois…   

 

Je ne le lui ai pas dit, mais moi aussi gamine… Je ne me battais pas, non… Je faisais pire. Je battais. J’avais mon souffre-douleur attitré. Une fille à ma botte. Qui me portait mes affaires. Me rendait de menus services. Que je remerciais d’une paire de gifles quand bon me semblait. Qui acceptait tout. Absolument tout pourvu que ça vienne de moi. J’étais odieuse. Résolument odieuse. Elle s’en accommodait. Plus elle se montrait servile – ce que j’exigeais d’elle – et plus j’en rajoutais dans l’abject. Plus je l’humiliais. J’étais suffisamment tortueuse pour savoir donner le change vis à vis des autres : parents, instits, camarades qui nous pensaient copines. Mais quand j’étais seule avec elle !… J’avais les pleins pouvoirs. J’en usais et en abusais. Je lui ai imposé des choses absolument monstrueuses dont je n’ai vraiment pas lieu d’être fière. Je ne le suis pas.  Ca a duré trois ou quatre ans. Jusqu’à ce que j’entre en cinquième, je crois. Jusqu’à ce que ses parents l’emmènent. En Argentine ou au Pérou. En Amérique du Sud en tout cas. J’avais oublié tout ça. J’avais essayé de l’oublier. J’y étais parvenue tant bien que mal. Et il faut que ça me retombe dessus. Que l’autre dinde vienne s’offrir pieds et poings liés. Se jeter dans la gueule du loup. Le plaisir que j’ai éprouvé tout à l’heure à l’avoir totalement à ma merci c’est exactement le même que celui que j’éprouvais alors. En plus intense encore peut-être. En plus exaltant. Et je vais la faire payer. Je sais que je ne pourrai pas m’empêcher de la faire payer – et cher – pour m’avoir fait remonter tout ça. Que je croyais définitivement enfoui. Définitivement éradiqué.

 

Pourquoi elle ? Pourquoi moi ? Pourquoi maintenant ? Est-ce qu’elle a perçu quelque chose ? Quelque chose qui était en train d’affleurer en moi et dont je n’avais pas conscience ? Que les événements actuels réactivaient à mon insu. Sans doute. Parce que je suis cernée. De tous côtés. Il y a cette fille, oui. Mais il y a aussi Sérane qui, comme par hasard, vit quelque chose du même ordre avec sa copine, et qui me tombe dessus à la plage. Et maintenant Iliona dont j’étais à mille lieues d’imaginer qu’elle pouvait éprouver une telle jubilation à se battre et qui m’en parle. Pour la première fois depuis qu’on se connaît. Si elle le fait c’est qu’elle sent que maintenant elle peut le faire. Que je suis RECEPTIVE…

 

 

 

 

22 heures

 

Valentine ne m’accompagnera pas demain. J’ai eu beau insister et insister encore. Il n’y a rien eu à faire… - Ce n’est pas un reproche, mais si c’est pour passer deux jours à t’attendre dans une chambre d’hôtel comme la semaine dernière… - J’avais pas le choix… Si on voulait pas que ça paraisse suspect… - Je sais bien… Mais ce sera la même chose demain… Et toutes les fois suivantes… Tu n’as plus aucune espèce de raison plausible de venir à l’hôtel avec elle maintenant… Et moi je n’ai plus la moindre chance de vous voir ensemble… - On sait pas… On peut jamais savoir… - Bien sûr que si !… Mais ça fait rien… Profites-en !… Amuse-toi !… - Je suis pas obligée d’y aller, hein !… Je peux rester là avec toi… Je préfère même… Ou bien alors on va ailleurs… Toutes les deux… Et je me trouve quelqu’un d’autre… Que je me débrouille pour ramener à l’hôtel… Tu pourras nous regarder tant que tu veux… - Ca se décide pas comme ça… Ca se prépare. Soigneusement. Et puis c’est pas de ça dont t’as vraiment envie pour demain… - Mais si !… Si !… - De toute façon j’ai prévu autre chose…

 

Même elle… Même elle, sans le savoir, elle m’y envoie tout droit…
Par Fabien - Publié dans : 2034
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Jeudi 16 octobre 4 16 /10 /Oct 05:22

Mercredi 14 Juin 2034

 

Et elle, Valentine, elle en pensait quoi ?… - Que tu traverses une période qui n’est pas vraiment facile… Tu changes… Tu découvres… Tu explores… Elles, elles appartiennent maintenant pour toi à un passé que tu as tendance à considérer comme révolu… Dans lequel tu as le sentiment – probablement faux – qu’elles te retiennent et qu’elles t’engluent… Alors, sans en avoir forcément vraiment conscience, tu les tiens à distance… Tu les gommes… C’est compréhensible qu’elles le prennent mal… Surtout qu’elles aussi vivent des choses importantes… Dont tu ne leur as même pas donné l’occasion de te parler… Dont tu ne t’es même pas rendu compte… - C’est quoi ?… - Ce serait plutôt à elles de te le dire, non, tu crois pas ?…

 

 

 

 

21 heures

 

Elles l’ont dit. On a eu une longue conversation à cœur ouvert tout à l’heure toutes les quatre. On a vidé l’abcès. Et elles l’ont dit : elles ont quitté leurs copines. Elles sont en couple maintenant toutes les deux… Ca fait presque un mois et je ne me suis aperçue de rien !… Absolument rien. J’en suis profondément mortifiée… Comment ai-je pu être aussi absente ? Indifférente à tout ce qui n’était pas ce que je vivais, moi ? J’ai éclaté en sanglots… On est tombées dans les bras les unes des autres… Réconciliées. J’ai promis que tout maintenant se passerait autrement. Redeviendrait comme avant…

 

 

 

 

Jeudi 15 juin 2034

 

Le virus aurait passé la barrière d’espèce. Non. Le virus « A » passé la barrière d’espèce. Ce qui veut dire concrètement que les animaux – en l’occurrence pour le moment les mammifères – sont à leur tour touchés. Et uniquement les mâles. Comme de bien entendu. Il va nous rester quoi à bouffer ? Déjà qu’on n’a pratiquement plus ni fruits ni légumes… Enfin, si ! Je suis de mauvaise foi : il nous reste les algues et les champignons. On essaie de prendre ça à l’humour, mais il faut bien avouer qu’on n’a pas trop le cœur à rire même si, comme à son habitude, Valentine fait tout ce qu’elle peut pour dédramatiser la situation... Pour nous rassurer… - Ce n’est pas catastrophique… Il y a des solutions… Du même ordre que celles qu’on a mises en place pour nous, les humains… Zanella a soupiré… - Oui, maman, oui… Mais c’est tout ce qu’on a connu, tout ce qu’on connaît qui disparaît… On est trop jeunes pour que tout nous devienne aussi vite étranger …

 

A onze heures on était encore à table, silencieuses, incapables de se lever, de se quitter… On avait viscéralement besoin de présence… Besoin les unes des autres… C’est Christopher, en klaxonnant à l’ordi, qui nous a secouées… - Tu sais que vous allez avoir de la visite ?… - Mieux que ça même : de nouveaux compagnons de jeu… Des chiens… Des chats… Des rats… Des lions… Des éléphants… - C’est quoi cette histoire ?… - T’es pas au courant ?… Maintenant le virus s’en prend aussi aux animaux… Aux mâles… - Oui, ben ça je sais… - Eh bien alors !… Il va falloir les mettre à l’abri… Avec vous… Comme vous… Faudra que vous soyez très gentils avec eux… - Et que vous les branliez… Pour qu’on puisse féconder les femelles dehors… Sinon plus rien à bouffer… Pour personne… - Oh, vous allez avoir du boulot… Fini de se la couler douce…- Surtout que vous avez pas intérêt à vous louper… Parce que t’imagines le taureau qu’a pas déchargé depuis deux jours ?… Vaudrait mieux éviter de te pencher en avant… Parce que lui il te loupera pas… Il cherchera pas à comprendre… Et même si tu te penches pas… - T’es pas près de pouvoir t’asseoir… - Et les lions ?… Paraît qu’ils mordent quand ils jouissent… - Hou la la !… On voudrait pas être à ta place, hein !…

 

On s’est défoulées. Ca nous a fait du bien. Même si au fond de nous-mêmes…

Par Fabien - Publié dans : 2034
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Dimanche 12 octobre 7 12 /10 /Oct 21:39

Lundi 12 Juin 2034

 

Samedi matin on a pris la route au petit jour. Il pleuvait. Il a plu tout le long du trajet… - C’est compromis la plage… - Ca fait rien… Vous resterez dans la chambre… - Et toi sur le balcon ?… Tu vas attraper la mort… Elle était si impatiente de nous voir ensemble qu’à peine la porte de l’hôtel franchie j’ai appelé Sérane… - Ca y est… Je suis là… Tu viens ? - Je suis pas levée… Pas habillée… Rien… Rejoins-moi chez moi, toi, plutôt… - Mais… et ta copine ?… - Melline ?… Elle est pas là… Et puis Melline… Viens… Je t’attends… Et elle a raccroché… - Qu’est-ce que je fais ?… - Ben vas-y !… Qu’est-ce que tu veux faire d’autre ?… - Mais… et toi ?… - Ramène-la !… Ramène-la ici dès que tu peux…

 

Je me suis glissée dans le lit, pelotonnée contre elle… - Tu es toute froide… Elle a glissé ses jambes entre les miennes, m’a caressé les fesses. Une porte a claqué. J’ai sursauté… - Qu’est-ce que c’est ?… - T’occupe… Embrasse-moi… - C’est Melline ?… - Oui, mais t’occupe, j’te dis !… Elle viendra pas ici… - Ca me gêne… Je préfèrerais qu’on retourne là-bas, à l’hôtel… - Non… Je veux qu’elle t’entende jouir… J’ai mes raisons…

 

Quand on s’est levées il était midi. Melline était assise à la table de la cuisine et pleurait… - Et dis quelque chose pour voir !… Essaie de dire quelque chose… - J’ai rien dit… Je dis rien… - Oui, ben ça t’as plutôt intérêt… Prépare-nous à manger, tiens, plutôt… Nous, on va faire un tour en attendant…

 

La pluie avait cessé. On a erré de ci de là enlacées. On est descendues jusqu’au port… - Et si on mangeait là ?… Un tout petit restaurant bleu encastré entre deux immeubles… - Je connais… On y mange vachement bien… - Et Melline ?… Elle aura préparé pour rien… - On s’en fout de Melline… Allez, viens !…

 

On a pris place tout au fond… - Tu la ménages pas, hein ?!… - Je vois pas pourquoi je la ménagerais… Faut croire que ça lui convient puisqu’elle se laisse faire… Et ça va peut-être te surprendre, mais je suis bien certaine qu’elle y trouve beaucoup plus son compte que moi… Et de loin… - Ca te fait pas peur ?… - Non… Pourquoi ça me ferait peur ?… - Je sais pas… Peur que ça dérape… Que ça aille trop loin… On fait des choses qu’on voudrait pas des fois… Qu’on regrette après… Et je lui ai raconté la fille giflée dans les toilettes de la fac… Elle m’a pris la main par dessus la table… - On est de la même race toutes les deux… Mais ça j’en étais sûre…

 

Elle a voulu que je fasse la connaissance de ses amies… - Je leur ai déjà tellement parlé de toi… Et on a navigué de café en café… Ses yeux pétillaient du bonheur de se montrer avec moi. Elle se blotissait dans mon cou… - Comment elles te regardent !… Comment elles m’envient !… On se quitte pas, hein !… On reste ensemble… Toute la soirée… On va en boîte… On s’éclate… Je veux que tout le monde voie que je suis avec toi…

 

Il fallait quand même que je repasse à l’hôtel… - Pour quoi faire ?… - Pour me changer… Me faire belle… - Mais tu te dépêches alors, hein !… Promis ?… Valentine lisait, allongée sur son lit. Elle m’a souri… - Ca se passe bien ?… - Il y a pas moyen de la ramener ici… Il y a pas moyen… Je peux bien m’y prendre comme je veux elle… - Mais tu n’as pas à te justifier… Vous êtes entre jeunes… Profites-en… Amusez-vous… J’ai tout le reste de la semaine, moi, pour être avec toi… - Tu es adorable… Et je l’ai embrassée…

 

On a dansé toute la nuit, étourdies de musique et d’alcool. On ne s’est couchées, épuisées, qu’au petit matin… Quand je suis partie, vers quatre heures, elle dormait encore. Melline, affalée devant la télé, m’a jeté, sans un mot, un regard de haine farouche.

 

Dans la voiture, au retour, Valentine a voulu savoir… - Elle devient importante pour toi ?… - Oui… Non… Je sais pas… Elle est beaucoup trop excessive… Et en même temps c’est ce qui m’attire… me fascine… Mais c’est le genre de fille dont je crois qu’il faut se faire une amie plutôt… Parce qu’autrement, à un moment ou à un autre, ça t’entraîne dans des complications à n’en plus finir…

 

 

 

 

Mardi 13 Juin 2034

 

Monelle est venue me trouver tout à l’heure dans ma chambre. Pour me parler… - Et je vais te dire les choses franchement… Ca ne va plus… Plus du tout… Tu es dans ton monde… Dans ta bulle avec Valentine… Je critique pas… Vous êtes heureuses… C’est tant mieux pour vous… Mais nous on existe, Zanella et moi… On vit au quotidien avec vous… Et tu nous ignores… Complètement… Valentine, elle au moins, elle fait des efforts… Elle nous parle… Elle passe du temps avec nous… Pas toi… Tu desserres à peine les dents et tu cours, à peine rentrée, t’enfermer dans ta chambre... Dont tu ne sors que pour avaler ton repas à toute allure… Tu sais quoi de ce qu’on est en train de vivre, nous ?… Rien… Et tu t’en moques éperdument… Ca ne t’intéresse pas… Alors tu sais quoi ?… Eh bien Zanella et moi on envisage très sérieusement de partir… D’aller nous installer ailleurs… Parce que si c’est pour vivre sous le même toit sans jamais rien échanger, sans jamais rien partager, ça ne nous intéresse pas… 

Par Fabien - Publié dans : 2034
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Jeudi 9 octobre 4 09 /10 /Oct 07:20

Lundi 5 Juin 2034

 

Je plais, c’est une évidence. Ca m’étonne encore, mais de moins en moins. Je plais aux femmes. Et je leur plais tout simplement parce que j’ai envie de leur plaire. Je le fais avec une volupté intense. Je m’offre délibérément aux regards. Je les capture. Je les captive. Je feins de les ignorer. Ils ne s’en font que plus haletants. On m’enrobe de désir. On m’enveloppe dans ses replis. J’en fonds de plaisir. On me tourne autour. On me courtise. On tente sa chance… Ca enchante Valentine à qui je rends un compte scrupuleux des admirations que je suscite, qui m’écoute sans jamais se lasser, qui me harcèle de questions… On y passe des heures… De temps à autre je m’interromps brusquement… - Ca fait quand même la fille vachement prétentieuse finalement tout ça, non ?… Elle sourit. Elle m’embrasse… - Quand on est belle comme tu l’es, quand on a le charme que tu as, on n’est pas prétentieuse. On ne peut pas être prétentieuse. Seulement lucide.

 

 

 

 

Mardi 6 juin 2034

 

On refusait de le voir. D’y croire. Ca allait revenir. C’était une mauvaise passe. Les conséquences du mauvais temps. Des difficultés d’approvisionnement passagères. Mais il faut bien se rendre enfin à l’évidence : il n’y a pratiquement plus de fruits et légumes. Ceux qu’on parvient à trouver sont hors de prix et ne ressemblent que de très loin à ce qu’on avait l’habitude de consommer. Si ça va s’arranger ? Vraisemblablement non. Parce que d’après les informations qu’on nous dispense avec mille précautions les abeilles auraient quasiment disparu de la surface de la terre. Et sans abeilles pas de pollinisation. On nous assure qu’on travaille à la mise en place de solutions de substitution, que d’ici quelques semaines tout devrait être rentré dans l’ordre. Evidemment !… Elles ne vont pas dire le contraire… Mais ce sera quoi demain ?… Le pain ?… La viande ?… Le fromage ?… Ben oui !… Inutile de se bercer d’illusions. Tout. Peu à peu tout va y passer. On va être privées de tout. Et on ne réagit pas. On est toutes comme anesthésiées. Réagir ? Mais comment ? Contre qui ? Pour faire quoi ? Ca nous dépasse complètement tout ça. Ca dépasse tout le monde. Et d’abord et avant tout nos gouvernantes. Alors à part faire le gros dos. Et vivre. Au jour le jour. VIVRE. Le plus possible. Parce que ce qui nous attend…

 

 

 

 

Jeudi 8 Juin 2034

 

J’étais seule, en train de me refaire une beauté, dans les toilettes de la fac. Une fille est entrée. Que je ne connaissais pas ou à qui, du moins, je n’avais jamais prêté la moindre attention. Sans doute une première année. Elle s’est postée derrière moi et elle m’a regardée dans la glace. Fixée. Avec une admiration béate. Subjuguée. En adoration. J’ai fait durer, interminablement durer et puis je me suis retournée. Elle n’a pas bougé. Elle a soutenu mon regard. Ses lèvres tremblaient. Je n’ai pas su que j’allais le faire. Jusqu’au dernier moment je ne l’ai pas su. C’est parti tout seul : une gifle. Une gifle à toute volée qui lui a jeté la tête de côté et imprimé la marque de mes doigts sur la joue. Et je l’ai plantée là sans un mot.

 

Pourquoi ? Pourquoi j’ai fait ça ? Je n’en ai pas la moindre idée. Je ne savais seulement pas que j’en étais capable. Surtout comme ça sans raison. Parce que qu’est-ce que j’avais à lui reprocher à la fille ? Rien. Absolument rien. Au contraire. Elle bavait d’admiration devant moi. C’était plutôt flatteur. Et je l’ai remerciée d’une grande beigne. Elle doit encore être en train de se demander ce qu’elle a bien pu faire pour mériter ça. Moi aussi. Juste après, pendant le cours de sémantique, j’étais assise à côté d’Iliona. Et je lui ai tout raconté… - A  ton avis qu’est-ce qui m’a pris ?… Elle a réfléchi un long moment… - Peut-être que tu lui reprochais de pas être un homme ?… Que c’est par un homme que tu aurais voulu être admirée comme ça… Tu l’as punie de pas en être un… Ca, ce sont ses explications à elle. Pour Iliona tout continue à passer inexorablement par les hommes. Non. Elle est bien pire que ça la vérité : c’est que cette fille elle a une tête à claques.

 

 

 

 

22 heures

 

Ce soir Monelle avait ramené des fraises… - Hein ?!… Mais t’as pu trouver ça où ?… - C’est mon secret… - T’as dû les payer la peau du cul… Il y en a nulle part… Elles étaient plus sucrées que celles dont j’avais conservé le souvenir. Avec un arrière-goût de réglisse qui surprenait un peu… - Alors, elles sont bonnes ?… Elles étaient bonnes, oui… Et puis ça faisait tellement plaisir d’en manger depuis le temps… Elle a ri… - Vous vous êtes bien fait avoir… Comme moi d’ailleurs la première fois… Ce sont pas des fraises… Ce sont des imitations puisque des vraies il y en aura plus maintenant… C’est drôlement bien réussi, hein ?!… Ils vont aussi faire des cerises, des pêches, enfin tout, quoi !… J’ai couru me réfugier en larmes dans ma chambre. Je venais brusquement de réaliser. Plus jamais un vrai fruit. Plus jamais. Tant de « plus jamais » depuis quelques mois.

 

Par Fabien - Publié dans : 2034
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Dimanche 5 octobre 7 05 /10 /Oct 20:31

Jeudi 1er juin 2034

 

C’est Iliona qui m’a annoncé la nouvelle ce matin sur le campus: Xadine – qui n’était pas en cours – et Manon ont perdu leurs bébés. Toutes les deux. Pratiquement en même temps. Et, apparemment, elles ne sont pas les seules dans leur cas. Ce qui soulève un certain nombre de questions parce que, bizarrement, toutes celles – mais ça demande quand même confirmation – chez qui surviennent ces avortements spontanés attendaient des garçons. Serait-ce encore LE virus qui s’attaquerait désormais aux fœtus et aux seuls fœtus mâles ? Sachant que la contamination ne peut se faire que par l’intermédiaire des excréments d’insectes c’est assez peu vraisemblable. A moins qu’il soit en train de muter. Ou qu’il s’agisse d’un autre virus dont on ne sait encore strictement rien et qui n’a seulement pas été détecté. Les conversations vont bon train. On a pratiquement séché tous les cours de la matinée. Dans les cafés autour de la fac chacune y va de sa petite hypothèse et il se murmure avec de plus en plus d’insistance qu’on aurait pris la décision, en haut lieu, de limiter, autant que faire se peut, le nombre des naissances masculines tant la famine qui s’annonce devrait être ravageuse. Pour éviter les interminables polémiques et ne pas risquer une gigantesque levée de boucliers – qui ferait perdre un temps considérable – on aurait choisi d’agir le plus discrètement possible : on mettrait à profit les visites prénatales pour procéder, sous une forme ou sous une autre, à des interruptions de grossesse ciblées qu’on ferait passer pour de fâcheux incidents de parcours. L’objectif serait de ne plus laisser subsister, à terme, que trois ou quatre centres qui constitueraient de véritables réservoirs à sperme suffisants pour assurer le renouvellement de générations exclusivement féminines. Aux très rares exceptions indispensables près…

 

En attendant je me sens terriblement coupable d’avoir négligé Xadine et Manon comme je l’ai fait ces derniers temps. Quand j’étais mal, quand je sombrais, je n’avais pas le moindre scrupule à les solliciter tant et plus. Mais, dès que je n’ai plus eu besoin d’elles, je les ai superbement ignorées. Je suis d’autant plus inexcusable que, même si nous n’avons ni les mêmes horaires ni exactemement les mêmes cours, je pourrais, si je le voulais, consacrer au moins quelques minutes à Xadine de temps à autre. Elle doit avoir l’impression que je la fuis. Et se demander ce qu’elle a bien pu me faire, la pauvre !… Il faudrait – IL FAUT absolument – que je passe là-bas ce week end. D’autant que j’imagine qu’elles doivent être dans un état lamentable…

 

- On n’ira pas à la mer alors du coup?!… - On peut pas y aller toutes les semaines non plus… Valentine n’a pas insisté. Elle a fait contre mauvaise fortune bon cœur. Mais elle est profondément déçue…

 

 

 

 

22 heures 30

 

Comment ça s’explique toutes ces fausses couches ? Christopher n’en a pas la moindre idée… - J’en sais pas plus que vous… Mais sur le fond je trouve que c’est plutôt une bonne chose… - Une bonne chose !… - Ben oui, attends !… Parce que si c’est pour mener la même vie que celle que nous, les mecs, on mène ici depuis des mois vaut mieux qu’ils restent là où ils sont les pauvres gamins… Si on ne parvient pas à éradiquer le virus – ce dont je suis de plus en plus persuadé – on va leur offrir quoi comme perspectives d’avenir ?… Des années et des années à essayer d’imaginer, derrière des baies vitrées, ce que c’est que le soleil sur la peau, le vent dans les cheveux, les pieds dans une rivière ?… Ils feront quoi de leurs journées ?… Rien. Quand ils auront grandi, si… On les occupera à remplir les petites éprouvettes… Ils se branleront encore, encore et encore… Jusqu’à l’écoeurement… Sans avoir seulement jamais touché une chatte… Sans en avoir seulement jamais vu une « en vrai »… Sans jamais avoir été dedans… Est-ce que ça leur manquera ?… Sans doute pas : on ne regrette que ce qu’on a connu… Nous ça nous manque… Moi ça me manque… Tu peux pas savoir ce que je donnerais certains soirs pour serrer une femme contre moi, pour enfouir ma tête entre ses cuisses, pour la voir chavirer de bonheur dans mes bras. Eh bien non…  Non… On n’y a pas droit… Pour y avoir droit fallait être en couple avant… La seule chose qu’on nous demande à nous maintenant c’est de nous amuser à longueur de journée avec ce qu’on a entre les jambes pour produire suffisamment de la précieuse semence. Si tu savais ce qu’on ressent quand même ça c’est devenu une corvée !…

 

 

 

 

Dimanche 4 juin 2034

 

J’ai passé la journée d’hier avec Xadine et Manon. J’aurais bien mieux fait de partir retrouver Serane à la mer avec Valentine. Parce qu’elles n’avaient absolument pas besoin de moi. Elles affichent toujours ce même air de contentement béat. Comme s’il fallait absolument qu’elles proclament haut et fort que, quoi qu’il arrive, quoi qui se passe, rien jamais ne peut les atteindre. Et qu’elles n’ont besoin de personne. Qu’un ineffable et permanent tête à tête avec elles-mêmes suffit à leur bonheur. Je le saurai. Et je ne suis pas près de remettre les pieds là-bas…

Par Fabien - Publié dans : 2034
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