Jeudi 6 novembre 4 06 /11 /Nov 05:07

Dimanche 2 Juillet 2034

 

- Et Oléron ?… Grand mère a haussé les épaules… - Oléron aussi… Pourquoi ça ferait exception Oléron ?… A marée haute tout est submergé… - Et les gens ?… - Il y a plus personne… Ils y habitent plus les gens… Comment veux-tu ?… On les a relogés… A l’intérieur des terres… Où on a pu… Comme on a pu…

 

J’y suis allée. Pour voir. Pour me rendre compte. Ce qui frappe avant tout, quand on arrive, c’est l’invraisemblable quantité de caravanes alignées côte à côte, juste en face, sur le littoral. Elles sont occupées par des îliennes qui ont refusé le logement qu’on leur proposait : elles ne peuvent pas se résoudre à s’éloigner de chez elles. C’est là qu’est leur vie. C’est là que sont leurs morts. J’ai parlé avec quelques-unes d’entre elles. Elles attendent. Elles espèrent. Quoi ?… Qu’un miracle quelconque se produise qui leur ramène avant. Qui leur rende leur île. Elles y croient. Elles font comme si. Elles se raccrochent à n’importe quelle affirmation de n’importe quelle pseudo-scientifique qui leur affirme que la situation est transitoire et que le niveau de l’Océan devrait baisser. Que c’est l’affaire de quelques mois. Au pire deux ou trois ans. Chaque fois que c’est marée basse, que l’île est « désubmergée » comme elles disent – et la partie rendue se réduit de plus en plus – elles vont là-bas. Elles errent au milieu des ruines, de leurs souvenirs disloqués. Elles n’en reviennent qu’au dernier moment. En larmes.

 

 

 

 

Mardi 4 Juillet 2034

 

J’ai évité la côte. Je suis allé me promener vers l’intérieur. Les jardins sont à l’abandon : à quoi bon cultiver quoi que ce soit puisque c’est de toute façon voué à l’échec. Les commerces se sont adaptés. Ils proposent des produits alimentaires de substitution de plus en plus variés. Ils n’ont pas eu le choix. Tout cela est profondément déprimant. On prend tout de plein fouet ici. Beaucoup plus qu’en ville. Je n’ai plus qu’une idée en tête. Rentrer. Mais il y a grand-mère… Qui se faisait une fête de m’avoir tout un mois avec elle. J’ai tâté le terrain… - Tu fais comme tu veux… Et elle s’est mise silencieusement à pleurer… Je l’ai embrassée… - Mais non !… T’inquiète pas… Je vais rester…

 

 

 

Mercredi 5 juillet 2034

 

Je suis restée. Et je m’ennuie. Mortellement. Comme quand j’étais gamine et que je ne savais pas à quoi m’occuper. Je me force à mettre le nez dehors. Et c’est insupportable ce décalage qui me saute partout à la figure – où que j’aille – entre les souvenirs lumineux que j’ai gardés et la réalité qui les a recouverts. C’est à hurler de rage. Ou de désespoir. Alors je rentre. Je vais voir s’il y a quelqu’un en ligne. Personne. Jamais. Elles, au moins elles profitent de leurs vacances. Qu’elles en profitent. Tant qu’elles peuvent. Parce que personne ne sait de quoi demain sera fait.ou plutôt si: on le sait toutes trop bien.

 

 

 

 

23 heures

 

Christopher, lui au moins je suis certaine de finir par le trouver. Il ne s’éloigne jamais beaucoup de son ordinateur. Les Vacances pour lui… - Oh, c’est pour bientôt… En septembre je les prends… Je suis entrée dans le jeu… - C’est la meilleure période… Il fait pas trop chaud… Et il y a plus personne nulle part… Et tu vas où si c’est pas indiscret ?… Où l’inspiration me mènera… De toute façon elles seront brèves les Vacances… J’ai d’autres priorités… Faut que je me trouve rapidement un logement… Parce que c’est bien beau de se faire héberger par des amies… C’est très gentil à elles de me l’avoir proposé, mais je ne veux surtout pas être importun… A moi de me débrouiller par mes propres moyens… Même si je ne me cache pas que je vais au devant de bien des difficultés… Il va me falloir rester extrêmement discret sous peine d’être repéré et renvoyé ici… J’ai ri… - Ca fait du bien, hein, de délirer un peu comme ça de temps en temps… De jouer à se faire croire que la vie va enfin reprendre son cours normalement… Que tout va redevenir comme avant… On en a tous besoin… - Mais ce n’est pas un jeu… Tout va redevenir comme avant… J’ai pris peur brusquement… Il paraissait tellement sérieux… - Mais non, Christopher, non !… Tu sais bien que ce n’est pas possible… - Qu’est-ce qui n’est pas possible ?… Tout est possible dès l’instant où on le veut vraiment… - Le virus… Tu y penses au virus ?… - Tu crois encore à ça, toi ?… Il y a belle lurette qu’on l’a éradiqué le virus… Mais c’est un secret soigneusement gardé…

Par Fabien - Publié dans : 2034
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Dimanche 2 novembre 7 02 /11 /Nov 20:25

Jeudi 29 Juin 2034

 

Dès qu’elle m’a aperçue elle s’est agenouillée. D’elle-même. Sans que je lui demande quoi que ce soit. Je l’ai superbement ignorée. Une fille est entrée qui lui a lancé un regard stupéfait. Une autre. Qui s’est figée sur place. Elles sont sorties toutes les deux l’une derrière l’autre, ont bruyamment éclaté de rire dans le couloir. Devant la glace j’ai pris tout mon temps. Beaucoup plus encore que d’habitude. Je me suis lentement retournée. Je me suis approchée. Elle a fermé les yeux dans l’attente des gifles. Qui ne sont pas venues. Je l’ai brusquement empoignée par la tignasse et je lui ai enfoui la tête sous ma robe. Elle a hésité un long moment et puis elle a timidement posé ses lèvres sur ma culotte, m’a lissée de la langue à travers, a voulu passer dessous. Je l’ai violemment repoussée du bout du pied… - On t’a demandé quelque chose ?… Elle est tombée à la renverse… - La prochaine fois tu attendras qu’on te sonne…

 

Les yeux d’Iliona brillaient… - Et après ?… Qu’est-ce que t’as fait après ?… Tu l’as giflée ?… - Non… Je me suis tirée… - C’était peut-être la dernière fois… Elle repiquera peut-être pas l’année prochaine… - Oh, alors ça je suis bien tranquille que si… D’une façon ou d’une autre elle se débrouillera pour revenir… Elle est bien trop accro… - Et toi , tu vas faire quoi ?… Tu vas continuer ?… - J’en sais rien… Souvent je me dis que non… Que ça n’a pas de sens… Que je suis plus une gamine pour me conduire comme ça… Mais dès que je l’ai, là, à baver devant moi, prête à tout encaisser – tout et n’importe quoi – pourvu que ça vienne de moi, je peux pas m’empêcher… J’ai envie de pousser plus loin… Pour voir jusqu’où je peux aller… Même si je le sais déjà… - Pour te faire plaisir plutôt, non ?… A moi tu peux bien le dire… Je n’ai pas répondu.

 

 

 

 

Vendredi 30 Juin 2034

 

Il y a des moments où ça ne peut pas ne pas sauter à la figure. L’an dernier, quand j’ai pris ce même train pour La Rochelle, il y avait tout un groupe de jeunes – garçons et filles – qui riaient et plaisantaient, heureux de vivre, de partir en vacances ensemble. Je les regardais, insouciants et gais. Je leur souriais, confiante, pleine de projets d’avenir. Comme eux. Aujourd’hui la plupart des garçons sont morts. Les rares survivants – s’il y en a – sont enfermés pour des années. Peut-être à vie. Quant aux filles… si je regarde autour de moi, là, qu’est-ce que je vois ? De l’autre côté de l’allée, juste en face, il y en a une qui pleure toutes les larmes de son corps, la joue contre la vitre. Personne ne s’occupe d’elle, ne se soucie d’elle. Les réserves de compassion sont épuisées. Derrière il y en a deux qui se font face. Elles sont manifestement en couple. Elles n’ont pas échangé trois mots depuis une heure qu’on est partis. Il y a plusieurs femmes accompagnées de gamines. C’est hallucinant. Parce que il y en a aucune – absolument aucune – qui joue. Elles sont simplement assises, le regard vide, amorphes, sans manifester le moindre intérêt pour quoi que ce soit. Et c’est à proprement parler terrifiant. Sans doute partent-elles en vacances. Il est facile d’imaginer ce que seront leurs vacances. Et leur vie. Toute leur vie.

 

 

 

 

15 heures

 

Grand mère m’attendait comme le Messie. Elle avait mis les petits plats dans les grands. Avec les moyens du bord. C’est-à-dire des substituts. Des substituts de ci. Des substituts de ça. C’était poignant de voir quels trésors d’ingéniosité elle avait dépensés pour que tout ait l’air d’être le plus possible exactement comme avant. Pour moi. Pour que je retrouve un peu le goût de mes vraies vacances. Parce que elle, elle est ailleurs. Ou plutôt elle n’est nulle part. Ce n’est pas qu’elle déraille. Non. Au contraire. Elle a toute sa tête. Elle est même beaucoup plus lucide qu’elle l’a jamais été. Et que bien des femmes que je connais. Non. Mais elle n’est plus là. Son monde n’existe plus. Le nôtre n’existe pas. Alors elle reste en suspens. Dans l’attente de quelque chose à quoi se raccrocher momentanément. Pour le moment c’est moi.

 

 

 

 

22 heures

 

Je me suis forcée à aller jusqu’à La Rochelle même. Je savais à quoi m’attendre : il y a eu suffisamment de reportages ces derniers mois . Ca ne m’a pas empêchée d’accuser violemment le coup. C’est terrifiant. Terrifiant et sinistre. On fait monter les touristes dans des embarcations – je me suis jointe à eux – qui errent dans ce qui était, il n’y a pas si longtemps, des rues animées et prospères. Tout est désert. Désert et inondé. Abandonné. Et ce silence… Insupportable ce silence… A la sortie on vend des cartes postales d’avant. Sans commentaires.  

Par Fabien - Publié dans : 2034
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Jeudi 30 octobre 4 30 /10 /Oct 07:26

Samedi 24 Juin 2034

 

Je voulais aller passer ce dernier week end avant les Vacances quelque part avec Valentine. Elle, elle tenait absolument à ce que j’aille « là-bas », chez Sérane… - Je ne veux pas que tu te prives de quoi que ce soit pour moi… Et, finalement, ce n’est ni l’un ni l’autre… On est confinées ici avec interdiction formelle de sortir avant lundi matin. Couvre-feu général. Le prétexte invoqué est une tentative d’extermination définitive du virus. On aurait mis au point un produit redoutablement efficace auquel il serait incapable de résister. Seulement on ignore quels sont ses effets sur l’homme. En principe nuls. Mais on préfère appliquer le principe de précaution et ne nous laisser sortir que lorsqu’il aura agi et qu’il se sera dissipé…

 

Mais Internet bruisse des rumeurs les plus folles. On se demande en particulier pourquoi, s’il ne s’agissait que d’une opération de « nettoyage », on a attendu hier midi pour nous intimer l’ordre de rester tout le week end calfeutrées chez nous. Alors qu’une telle opération doit nécessairement être préparée – et donc prévue – longtemps à l’avance. Et il se dit qu’en réalité il s’agit de lutter, avec les moyens du bord et en catastrophe, contre une bactérie d’apparition toute récente qui risque, si elle prolifère, de faire d’épouvantables ravages. On parle même d’extinction de l’espèce humaine. Carrément. Chacun y va de son petit couplet : pour les uns on aurait laissé se répandre, par inadvertance, un gaz extrêmement toxique ( qui ne s’introduirait pas dans les maisons ? ) . Pour d’autres une attaque aérienne serait imminente ( venant d’où ? Pour quelle raison ? Et pourquoi alors ne nous a-t-on pas plutôt recommandé de nous terrer dans les caves ? ). Pour d’autres encore un coup d’Etat serait sur le point d’éclater et on aurait trouvé ce judicieux prétexte pour nous empêcher de nous en mêler. En tout cas une chose est sûre, c’est qu’à force de ne distiller qu’au compte-gouttes les informations, comme elles ont fini par en prendre l’habitude, nos dirigeantes ouvrent la porte à tous les fantasmes et à tous les délires. Avec toutes les conséquences désastreuses que cela pourrait finir par avoir…

 

 

 

 

23 heures 30

 

On a passé toute l’après-midi et toute la soirée devant l’ordi à essayer d’en savoir plus. Sans succès. Christopher qu’on y a croisé quelques instants prétend qu’on ne nous laissera pas sortir lundi. Ni jamais. On va d’abord prolonger d’une semaine. Puis d’une autre. Puis d’un mois. Jusqu’au jour où on nous annoncera qu’on est définitivement cloîtrées nous aussi. Parce qu’on court de trop gros risques. Il a été incapable de préciser lesquels. On a fébrilement couru d’un site à l’autre, d’un blog à l’autre sans autre résultat que de démultiplier les interrogations de toute nature. Et de nous entretenir toutes les quatre dans un climat d’inquiétude dont on n’a vraiment pas besoin en ce moment…

 

 

 

 

Dimanche 25 Juin 2034

 

Avec tout ça j’étais complètement à cran hier soir quand je me suis couchée. Dévorée par l’angoisse. J’ai été prise d’une interminable crise de larmes. Valentine m’a tout doucement prise contre elle, caressé les cheveux, les lèvres, murmuré des mots apaisants à l’oreille. J’ai redoublé de sanglots. Elle était beaucoup trop gentille avec moi… Et moi, je n’étais qu’une égoïste qui n’en faisait qu’à sa tête. Je me suis traitée de tout. Accusée de tout. Je ne méritais pas de vivre. Et tant mieux s’il était en train de se passer quelque chose. N’importe quoi. Tant mieux si je crevais. Parce que j’en pouvais plus de tout ça. De me demander sans arrêt ce qui allait encore nous tomber dessus. Qu’on puisse plus être sûrs de rien. Jamais. Il lui a fallu beaucoup de temps et de patience pour me calmer et me rassurer. Je ne me suis endormie, épuisée, dans ses bras qu’au petit matin.

 

Au réveil elle m’a fait doucement l’amour. Tendrement. On est restées longtemps blotties l’une contre l’autre. Sans parler. J’ai de la chance – beaucoup de chance – d’avoir Valentine. Je n’ai jamais été aussi amoureuse d’elle. Aussi amoureuse de qui que ce soit. Et ça ça n’a pas de prix…

 

 

 

 

Mardi 27 Juin 2034

 

Les informations de Christopher étaient fausses. La vie a normalement – si on peut dire – repris son cours hier matin. Comme si de rien n’était. Et on n’a pas jugé bon de nous fournir quelque information supplémentaire que ce soit. La version officielle reste celle d’une tentative d’extermination définitive du virus. Beaucoup sont sceptiques. D’autant qu’on rapporte des témoignages bizarres : il y aurait eu d’importants mouvements de troupes du côté de Lille, des arrivées massives de prisonnières à Rennes et à Draguignan. On parle d’une tentative de coup d’Etat déjoué avant d’avoir pu être mis à exécution. Mais qui ? Pourquoi ? Comment ? Personne n’en sait rien. Le sentiment qui prévaut de plus en plus c’est qu’il se passe une foule de choses derrière notre dos dont on estime qu’il n’est pas nécessaire de nous tenir au courant. A force de jouer avec le feu, « là-haut », elles risquent fort de se brûler…
Par Fabien - Publié dans : 2034
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Lundi 27 octobre 1 27 /10 /Oct 06:07

Mercredi 21 Juin 2034

 

Plus le mois de Juillet approche et plus j’ai le moral dans les chaussettes. Parce que le mois de Juillet c’est forcément là-bas, chez grand mère. Ca a toujours été comme ça et elle ne comprendrait pas que je déroge à la tradition. Ca l’achèverait la pauvre femme. Déjà qu’il paraît qu’elle ne va pas très fort. Ce sera, comme d’habitude, à mourir d’ennui. Elle va ressasser toujours les mêmes petites histoires et se plaindre de tout et de tout le monde. Avec une préférence pour des gens que je ne connais ni d’Eve ni d’Adam. Contre lesquels il va absolument falloir que je prenne parti et que je lui donne raison. Je vais revenir de là-bas avec le moral complètement délabré. Si seulement Valentine avait pu m’accompagner !… Mais Valentine a aussi une mère qu’il faut bien qu’elle voie de temps en temps et chez qui Zanella va l’accompagner. A son grand désespoir… - Fais un effort… C’est ta grand mère… J’ai essayé de tendre la perche à Monelle qui, du coup, va se retrouver toute seule… Et si elle m’accompagnait ? C’est pas désagréable La Rochelle… Du moins ce qu’il en reste… Ce qui n’a pas encore été englouti par le eaux. Et puis on essaierait de s’échapper le plus souvent possible toutes les deux… Ca nous rappellerait les vacances qu’on passait ensemble quand on était gamines… - Hein ?!… Qu’est-ce que tu en dis ?… Elle n’était pas vraiment enthousiaste… J’ai insisté… - Ca nous permettra de nous retrouver un peu toutes les deux… Ca nous ferait pas de mal… Elle m’a fait comprendre, à demi-mot, qu’elle avait d’autres projets. Que l’absence de Zanella allait bien l’arranger. Encore une histoire de nana là-dessous. Je me suis discrètement éclipsée. Tant pis. J’irai toute seule à La Rochelle.

 

 

 

 

Jeudi 22 Juin 2034

 

- Alors ?… Les yeux d’Iliona brillaient… - Alors quoi ?… - On est jeudi… - Ben oui, on est jeudi, oui… Et alors ?… - Elle est pas venue la fille ?… C’est toujours le jeudi qu’elle vient… Elle avait remarqué ça, elle !… Moi pas… Mais en attendant, non, elle était pas venue… - Elle viendra peut-être plus… - Ca, ça m’étonnerait… - Il y a plus que jeudi prochain… Après c’est les Vacances… Elle s’est penchée, avec des mines de conspiratrice, sur son sac, en a extirpé un gros cahier noir… - Tiens, tu liras ça… Mais t’en parles à personne, hein, surtout !… Tu me promets…

 

 

 

 

22 heures

 

J’ai lu tout d’une traite, à peine rentrée, le cahier d’Iliona. Ce sont des histoires, les unes très courtes, les autres un peu plus longues, qui tournent toutes obstinément autour du même thème : une femme que courtisent et désirent tous les hommes triomphe de toutes les rivales qui marchent sur ses brisées. Dans l’un de ces récits – le plus significatif peut-être – l’héroïne, une sorte de princesse orientale, règne sur une cinquantaine de mâles tout à sa dévotion. L’une de ses distractions favorites consiste à en convoquer un, pris au hasard, et à faire défiler lentement devant lui, à intervalles réguliers, des femmes magnifiques entièrement nues. S’il bande la femme est fouettée jusqu’au sang, parfois même, si tel est son bon plaisir, exécutée. Dans un autre récit, très proche du premier, ce sont des femmes spécialement formées à la lutte qui sont mises en scène. Que l’une d’entre elles provoque la moindre érection chez le mâle et c’est contre la princesse-héroïne qu’elle doit se battre, une princesse-héroïne qui lui inflige la raclée de sa vie et la contraint à demander grâce, une grâce qu’elle joue à pile ou face. Dans beaucoup de ces histoires des femmes sont contraintes d’assister aux ébats d’une autre avec un homme qu’elles convoitent toutes…

 

Je dois reconnaître que, si elle m’a fascinée, cette lecture m’a aussi mise quelque peu mal à l’aise. Ce sont des fictions, oui, mais des fictions qui la mettent totalement à nu. Est-ce qu’elle en a vraiment conscience ? Evidemment oui. Elle est tout sauf naïve. Ou stupide. Alors ce que je me demande c’est pourquoi elle a éprouvé le besoin de me les faire lire à moi. Et pourquoi maintenant ? Tout simplement pour partager avec l’une des seules personnes dont elle se sente proche des fantasmes qui la hantent ? Et qu’elle ne réalisera jamais. Après tout c’est moi qui lui ai tendu la perche en lui parlant de cette fille qui vient docilement chercher auprès de moi sa ration de gifles. Pourquoi n’entrerait-elle pas, elle aussi, en confidences ? Je ne crois pourtant pas que ce soit la seule explication. Iliona hait les femmes. D’une haine farouche qui a toujours existé, qu’elle m’a avouée sans détours et qui, dans le contexte actuel, prend une ampleur démesurée. Les derniers textes de son cahier sont à cet égard tout à fait significatifs. Autant les hommes sont omniprésents et uniquement préoccupés d’elle dans les tout premiers – ceux qui ont été écrits avant le virus – autant ils disparaissent presque complètement par la suite. Ils ne sont plus que rêvés. Comme c’est aujourd’hui le cas dans la « vraie vie ». Ils ne sont plus là et pourtant les femmes sont punies, dans ces dernières histoires, beaucoup plus cruellement encore que lorsqu’elles constituaient des rivales. Parce que leur existence même ne cesse de lui rappeler qu’elle est désirable et qu’elle n’est pas désirée. Qu’elle ne peut plus l’être. Leur seul crime c’est d’être des filles avec lesquelles elle ne peut plus entrer en rivalité. Dont elle ne peut plus triompher. Et elle veut – et il faut – qu’elle le leur fasse payer. Cher. Avec une violence inouïe. Qui reste pour l’instant virtuelle. Purement littéraire. Moi, avec cette fille, je suis dans le réel. Ce qu’Iliona attend de moi – et ce cahier constitue à l’évidence un appel du pied dans ce sens – c’est que je l’y entraîne dans mon sillage. Je ne suis pas sûre de le vouloir. Hors de question que je me laisse dériver avec elle vers des excès qui ne me correspondent pas. Et puis nous ne sommes pas du tout sur la même longueur d’ondes : elle, elle veut lutter et vaincre. L’emporter. Après ça ne l’intéresse plus. Pour moi, c’est à ce moment-là que tout commence…
Par Fabien - Publié dans : 2034
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Jeudi 23 octobre 4 23 /10 /Oct 06:10

Lundi 19 juin 2034

 

J’ai eu beau frapper… tambouriner tant et plus. Personne. Et la porte était fermée à clé… - Ho !… Il y a quelqu’un ?… Sérane, tu es là ?… C’est la voix de Melline qui a fini par me répondre… - C’est pas bientôt fini ce bordel ?… - Elle est pas là Sérane ?… - Elle est là, si !… Mais elle veut pas te voir… Alors tu te casses… Et tu remets plus jamais les pieds ici… C’était quoi cette histoire ? Du jour au lendemain comme ça sans raison ? Il avait dû se passer quelque chose, mais quoi ? J’ai arpenté le trottoir, perplexe, indécise. J’avais au moins droit à une explication. Je suis revenue, j’ai hésité, je suis repartie. J’ai fait les cent pas sur le trottoir incapable de prendre quelque décision que ce soit. Je m’apprêtais à essayer de lui téléphoner quand Sérane est apparue, tout sourire, au coin de la rue… - T’es déjà arrivée ?… Je t’attendais pas si tôt… Mais fallait monter… Fallait pas rester là… - Elle m’a jetée Melline… - Hein ?… Oh, la garce, elle va me le payer… Elle a surgi là-haut comme une furie… Qu’est-ce que je t’avais dit ?… Qu’est-ce qu’on avait dit ?… Alors tu te tires… Tu dégages… Et cette fois c’est pour de bon… Elle l’a poussée vers l’escalier, dans l’escalier qu’elle a dégringolé sur les fesses… Elle lui a jeté des affaires en vrac, pêle-mêle, des vêtements, un radio-réveil, deux casseroles, des assiettes qui sont allé s’écraser en bas… - Et voilà !… On aura la paix maintenant… Viens !… Viens !… J’ai trop envie… Depuis le temps… Et on a roulé sur le lit.

 

- Tu te remettras pas avec ?… - Si !… Sûrement… Mais je vais d’abord la laisser mariner un peu dans son jus… Elle en prend beaucoup trop à son aise ces derniers temps… Faut qu’elle sente le vent du boulet sinon… - Elle est partie où ?… - Oh, pas bien loin… Elle doit être en train de chialer dans la cour derrière… Ou elle est allé faire un tour sur la jetée… Et dans deux heures grand maximum elle sera là à me supplier, à me promettre tout ce que je veux, à se mettre plus bas que terre toute seule comme une grande… - Et t’aimes ça, hein !… - J’aime pas… J’adore… Sinon il y a longtemps que je l’aurais larguée pour de vrai… Et toi, cette fille à la fac ?… - Elle est venue en rechercher une couche… - Que tu lui as passée… Evidemment… T’as pris ton pied ?… - Oui… Et moi ça me fait peur… - Peur ?… Pourquoi peur ?… - Je me demande jusqu’où je suis capable d’aller… Je lui en veux à cette fille… Tu peux pas savoir ce que je lui en veux de m’obliger à me regarder en face… Comme je suis… C’est ça que je supporte pas surtout… C’est de ça que je la punis… Et, du coup, c’est un cercle vicieux… - Oui, oh ben tu sais, c’est chez presque tout le monde qu’il y a des tas de trucs qui se mettent à remonter comme ça maintenant. De plus en plus. C’est obligé. On est dans un monde que de nanas. Les hommes nous manquent. Leurs queues nous manquent. Du moins à la majorité d’entre nous… Comment tu veux qu’on soit pas bourrées de frustrations et qu’on s’en prenne pas les unes aux autres ? Qu’on se fasse pas payer ? Ca sert à rien de chercher à nous voiler la face et de vouloir nous faire passer, à nos propres yeux, pour ce qu’on n’est pas… Et tu veux que je te dise ? Eh ben nous on est beaucoup moins dangereuses finalement que celles qui adoptent des postures angéliques, qui se veulent tout amour et toute bonté et qui, réfugiées derrière ces belles façades, se comportent d’autant plus comme des saloperies qu’elles sont persuadées qu’elles n’en sont pas. En empruntant toutes sortes de chemins détournés… Nous au moins c’est clair, c’est direct… Celles qui nous tombent entre les griffes c’est en toute connaissance de cause. Elles savent à quoi elles s’exposent. Elles savent ce qui les attend… Que ce soit Melline ou cette fille là-bas elles sont libres… On ne les retient pas… Elles restent ?… C’est qu’elles le veulent bien… - Elles ne peuvent peut-être pas faire autrement… - Ca, c’est leur problème…

 

On a passé la fin de la matinée dehors… - Parce que sinon elle va pas tarder à nous retomber dessus l’autre… Et on a quand même bien le droit à un peu de tranquillité toutes les deux, non ?… L’après-midi aussi… Sur la plage… Et la soirée… Indéfiniment prolongée au restaurant…

 

Quand on est rentrées elle était assise sur la dernière marche de l’escalier tout en haut… - Qu’est-ce que tu fous là, toi ?… T’es venue baisser ton froc pour que je te reprenne, c’est ça !?… Eh ben vas-y !… Baisse-le!… Qu’est-ce t’attends ?… Oh, et arrête de chialer comme ça sans arrêt… Tu m’agaces… Et elle lui a claqué la porte au nez… Ca a timidement gratté… - S’il te plaît, Sérane, laisse-moi rentrer… S’il te plaît… Ca peut pas finir comme ça nous deux… Je ferai ce que tu voudras… Tout ce que tu voudras… Je te promets… - J’ai déjà entendu ça dix mille fois… - Oui, mais cette fois… Elle lui a brusquement ouvert… - Eh bien on va voir… Vas-y !… - Vas-y quoi ?… - Baisse ton froc !… Il y a que ça que tu sais faire n’importe comment… - Pas devant elle !… - Si !… - Tu peux pas me demander ça… - Eh bien casse-toi alors !… Et elle l’a poussée vers la porte… - Non !… Non !… Attends !… Attends !… Je vais le faire… - Oui, mais tout de suite alors !… Grouille !… Elle nous a tourné le dos et elle l’a baissé… La culotte aussi… Jusqu’en bas sur les chevilles… - Tu vois, j’en fais ce que je veux… Tout ce que je veux… Tu peux rester, toi… Va dans la chambre… On a à parler toutes les deux Roxane et moi…

Par Fabien - Publié dans : 2034
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